Aleurodes sur tomates : les reconnaître et les traiter

Mis à jour en août 2026.

Vous frôlez un pied de tomate et un nuage de minuscules mouches blanches s’envole. Ce sont des aleurodes, aussi appelées mouches blanches. Ces insectes de 1 à 3 mm se cachent sous les feuilles, sucent la sève et menacent directement votre récolte.

Pour vous en débarrasser, combinez trois actions : des pièges jaunes pour capturer les adultes, du savon noir pour éliminer les larves, et des auxiliaires comme Encarsia formosa en serre. Traitées tôt, les infestations se règlent en 2 à 3 semaines.

Ce guide couvre l’identification, les dégâts, les traitements naturels avec dosages précis, et un calendrier d’intervention que les autres fiches ne donnent pas.

Points clés

  • Les aleurodes mesurent 1 à 3 mm et vivent au revers des feuilles. Un nuage blanc au moindre contact signale l’infestation.
  • Le miellat collant qu’elles excrètent attire la fumagine, ce champignon noir qui bloque la photosynthèse.
  • Savon noir à 3-5 %, pièges jaunes et lâchers d’Encarsia formosa forment le trio gagnant.
  • Sous serre, le cycle produit jusqu’à 12 générations par an. La régularité du traitement est la clé.
  • Lecture : ~8 min

Qu’est-ce qu’un aleurode ?

L’aleurode est un insecte piqueur-suceur de la famille des Aleyrodidae, proche des pucerons et des cochenilles. On l’appelle mouche blanche, mais ce n’est pas une mouche : ses ailes sont blanches et poudrées, et elle se nourrit de sève, pas de nectar.

Deux espèces dominent sur la tomate. Trialeurodes vaporariorum, la mouche blanche des serres, originaire d’Amérique centrale, sévit surtout sous abri. Bemisia tabaci, l’aleurode du tabac, plus polyphage, est redoutée car elle transmet des virus comme le TYLCV, le virus des feuilles jaunes en cuillère. Selon la fiche Tomate-Aleurodes d’e-phytia, l’outil d’aide au diagnostic de l’INRAE, les deux espèces produisent du miellat en grande quantité et colonisent la face inférieure des feuilles.

Le cycle est rapide : œuf, quatre stades larvaires, nymphe, adulte. À 22 °C, il boucle en trois semaines environ. Sous serre, cela donne jusqu’à 12 générations par an (e-phytia, INRAE). Voilà pourquoi une infestation démarre si vite.

Comment reconnaître les aleurodes sur les tomates ?

Le premier signe ne trompe pas : vous touchez le feuillage et un petit nuage blanc s’envole, pour se reposer quelques secondes plus loin. Les adultes se tiennent presque toujours au revers des feuilles.

  • Adultes : 1 à 3 mm, ailes blanches opaques, posés en groupe sous les feuilles.
  • Larves : petites écailles translucides collées au revers, immobiles.
  • Miellat : dépôt collant et brillant sur les feuilles, qui attire les fourmis.
  • Fumagine : voile noirâtre qui recouvre les feuilles quelques jours après le miellat.
  • Jaunissement : taches chlorotiques irrégulières sur le dessus des feuilles.

Ne confondez pas avec les pucerons, verts, noirs ou roses, qui ne s’envolent pas en nuage. Les thrips, eux, laissent des ponctuations argentées. En cas de doute, une loupe de jardinier suffit.

Quels dégâts les aleurodes causent-elles ?

Trois mécanismes distincts, souvent cumulés.

Symptôme Cause Conséquence
Feuilles jaunies, croissance ralentie Ponction de sève par larves et adultes Plante affaiblie, fruits plus petits
Feuilles collantes puis noires Miellat + fumagine Photosynthèse bloquée, feuilles qui tombent
Feuilles déformées, fruits anormaux Virus transmis (TYLCV, ToCV) Récolte compromise, plant à arracher

La fumagine n’attaque pas la plante directement. Elle prive les feuilles de lumière, et c’est elle qui fait le plus de dégâts visuels.

Le vrai danger, ce sont les virus. Bemisia tabaci transmet le TYLCV en quelques minutes de repas. Un plant infecté ne guérit jamais. Il faut l’arracher, sans le mettre au compost. Le spécialiste Christian Galinet, dans les pages de Terre Vivante, rappelle que les aleurodes ne causent de réels dégâts en extérieur que si la sécheresse se prolonge. Sous serre, c’est une autre histoire : elles y trouvent la chaleur idéale toute l’année.

La méthode des 4 niveaux : le plan d’action complet

La plupart des guides listent des recettes sans ordre. Ça ne fonctionne pas. Les aleurodes se multiplient trop vite pour une action ponctuelle. Voici un cadre progressif, du moins invasif au plus ciblé.

Niveau 0 : prévenir, toute la saison. Aérez la serre, espacez les plants, installez un voile anti-insectes sur les ouvertures. Des plants vigoureux résistent mieux. Un point que les guides ratent souvent.

Niveau 1 : piéger et mesurer, dès les premiers adultes. Les pièges jaunes englués attirent les adultes, qui confondent la couleur avec un feuillage sain. Placez-les au-dessus des plants, un piège pour 3 à 4 pieds. Ils évaluent la pression et capturent une partie des adultes. Seuls, ils ne suffisent pas.

Niveau 2 : traiter au contact, infestation confirmée. Savon noir, huile de neem ou infusion d’ail, pulvérisés sous les feuilles. Les dosages sont dans la section suivante.

Niveau 3 : lâcher les auxiliaires, en serre et en cas d’infestation forte. La micro-guêpe Encarsia formosa parasite les larves de Trialeurodes vaporariorum. Eretmocerus eremicus s’attaque à Bemisia tabaci. La punaise Macrolophus pygmaeus complète le dispositif. Commandez dès les premiers adultes, pas après.

Niveau Méthode Cible Moment
0 Aération, voile, plantes compagnes Prévention Toute la saison
1 Pièges jaunes englués Adultes Dès le 1er adulte
2 Savon noir, neem, ail Larves et adultes Infestation visible
3 Encarsia, Eretmocerus, Macrolophus Larves, parasitisme Serre, infestation forte

À retenir

  • Agissez par paliers. Aucune méthode unique ne suffit.
  • Les pièges jaunes informent, le savon noir nettoie, les auxiliaires assainissent.
  • Encarsia formosa travaille entre 18 et 26 °C. En dessous de 15 °C, elle ralentit fortement.

Savon noir, ail, neem : les traitements naturels et leurs dosages

Les produits chimiques sont hors de portée des jardiniers amateurs depuis le 1er janvier 2019, date d’application de la loi Labbé. Bonne nouvelle : le naturel suffit, à condition de respecter les doses et la fréquence.

Traitement Dosage Fréquence Efficacité
Savon noir liquide 30 à 50 ml par litre d’eau Tous les 3 à 4 jours, 3 à 4 passages Larves : très bonne ; adultes : moyenne
Huile de neem 10 à 15 ml par litre, plus quelques gouttes de savon noir Tous les 7 jours Tous les stades, action sur les œufs
Infusion d’ail 4 gousses pour 1 litre, 24 h d’infusion, filtrer Tous les 5 jours Répulsive, utile en prévention

Le savon noir reste la valeur sûre. Il dissout la couche cireuse des larves, qui meurent desséchées. Pulvérisez le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil, et insistez sur le revers des feuilles. Une pulvérisation qui ne mouille pas le dessous du feuillage ne sert à rien.

L’huile de neem agit plus en profondeur : elle perturbe la mue des larves et la ponte. Son prix refroidit certains jardiniers. Pourtant, un flacon suffit pour toute une saison, et elle s’utilise aussi contre les pucerons et la cochenille farineuse, dont le traitement suit la même logique.

Et le purin d’ortie ? Il renforce les plantes, mais ne tue pas les aleurodes. Ne comptez pas dessus pour traiter.

À retenir

  • Pulvérisez sous les feuilles, c’est là que tout se joue.
  • Alternez savon noir et neem pour limiter l’accoutumance.
  • Traitez tôt le matin pour préserver les pollinisateurs.

Quand traiter les aleurodes sur tomates ?

Dès le premier adulte repéré. Pas quand les feuilles noircissent : à ce stade, la colonie compte déjà plusieurs générations.

Le meilleur moment de la journée : le matin avant 10 h ou le soir après 18 h. Les aleurodes sont moins actives, et le produit reste humide plus longtemps. Évitez le vent et le soleil direct, qui évaporent le traitement.

La fréquence compte plus que la dose. Espacez les passages de 3 à 4 jours, sur trois semaines minimum. Pourquoi ? Le cycle complet dure trois semaines à 22 °C. Si vous ne tuez que les adultes, les larves survivent et la colonie repart.

La température est votre alliée. Les aleurodes prolifèrent entre 20 et 27 °C. Aérez et ombrez la serre pour éviter les pics de chaleur, et sachez qu’en dessous de 12 °C, le développement s’arrête presque. À l’automne, les nuits fraîches font une partie du travail à votre place.

Prévenir le retour des aleurodes

Une infestation traitée peut revenir en une semaine si les conditions restent favorables. Quatre leviers suffisent.

  • Rotation des cultures : ne replantez pas tomates et poivrons au même endroit deux années de suite.
  • Plantes compagnes : basilic, capucine, œillet d’Inde à proximité des pieds. Leur odeur brouille les repères des adultes.
  • Nettoyage de fin de saison : retirez plants, tuteurs et adventices sous lesquels les adultes s’abritent.
  • Inspection hebdomadaire : retournez quelques feuilles chaque semaine, une loupe aide à repérer les premières larves.

Les aleurodes hivernent sur les plantes d’intérieur et les mauvaises herbes comme le laiteron ou l’amarante. Un contrôle de vos plantes d’intérieur avant le printemps évite bien des surprises.

Pendant que vous inspectez le terrain, pensez aux autres indésirables : les taupes dans le jardin demandent aussi une stratégie, et pas n’importe laquelle.

Ce que vous ne trouverez pas ailleurs : le calendrier d’intervention sur 3 semaines

Voici le plan concret que les fiches concurrentes évitent de donner, parce qu’il exige de la régularité. Imprimez-le, cochez les cases.

Semaine 1. Posez les pièges jaunes et comptez les adultes chaque matin. Pulvérisez du savon noir sous toutes les feuilles aux jours 1, 4 et 7.

Semaine 2. Passez à un traitement tous les 4 jours. Vérifiez les pièges : s’ils sont couverts, la pression reste forte, ajoutez-en un. En serre, lâchez Encarsia formosa à raison de 3 à 5 individus par mètre carré, en deux lâchers espacés d’une semaine.

Semaine 3. Surveillez les larves noircies : elles ont été parasitées, c’est le signe que la lutte biologique fonctionne. Revenez à un rythme hebdomadaire. Retirez les pièges quand aucun adulte n’est capturé pendant 7 jours.

Ce calendrier vaut pour la tomate en serre comme en plein air, avec une nuance : en extérieur, les auxiliaires sauvages (coccinelles, chrysopes, punaises) font une partie du travail. Laissez-les faire.

Questions fréquentes

Les aleurodes piquent-elles les humains ?

Non. Les aleurodes se nourrissent exclusivement de sève végétale. Leur appareil buccal, un rostre piqueur-suceur, ne traverse pas la peau humaine. Contrairement aux moustiques ou aux punaises de lit, elles ne présentent aucun risque pour l’homme ni pour les animaux domestiques.

Peut-on manger les tomates après un traitement au savon noir ?

Oui. Le savon noir est un produit de contact qui se rince à l’eau. Lavez les fruits avant consommation et respectez un délai de 48 heures après la dernière pulvérisation. L’infusion d’ail ne laisse pas de résidu nocif non plus.

Le vinaigre blanc tue-t-il les aleurodes ?

Pas vraiment. Le vinaigre blanc agit comme un répulsif léger à courte durée, mais il ne tue ni les larves ni les œufs. À forte concentration, il risque de brûler le feuillage. Réservez-le au nettoyage des pièges, pas au traitement.

Pourquoi les aleurodes reviennent-elles toujours ?

Parce qu’un seul passage ne casse pas le cycle. Les œufs et les larves survivent sous les feuilles que la pulvérisation n’a pas mouillées, et jusqu’à 12 générations se succèdent par an sous serre. La régularité sur trois semaines est la seule réponse.

Faut-il arracher un plant de tomate infesté ?

Seulement si les feuilles sont couvertes de fumagine ou si un virus est suspecté (feuilles jaunes en cuillère, croissance arrêtée). Un plant simplement affaibli se sauve avec la méthode des 4 niveaux. Un plant virosé, jamais : arrachez-le et jetez-le, pas au compost.

Conclusion

Les aleurodes ne sont pas invincibles. Ce sont des insectes au cycle rapide, mais aux faiblesses connues : elles détestent les courants d’air, les pulvérisations répétées et les guêpes parasitoïdes. Identifiez-les tôt, appliquez la méthode des 4 niveaux, et votre récolte passera l’été.

Commencez par inspecter le revers des feuilles ce week-end. Et si le potager vous occupe, découvrez que planter en août au potager pour enchaîner sur la saison suivante.

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